portrait-interview

Bonjour......., présentez-vous d'un texte poétique (court).

Dans le vent, je lis, je vis

Je lisse ma chevelure,

Délice ! Délire…

Dire que j’existe,

Et mes pensées,

Claquent dans l’air du temps

Quelle jouissance que la poésie !

 

 

Où êtes-vous né(e) ?

de l’autre côté de l’océan Atlantique, à 5806 km d’ici, au premières lueurs du jour.

 

Et...il y a longtemps ?

Longtemps...oui et non, le temps est si variable, si étrangement compact ou au contraire si vaste, suivant l’émotion ou l’humeur du moment... existe-t-il seulement, ce temps après lequel nous courrons si souvent ? Grâce au calendrier, je peux exprimer la durée qui me sépare de ce moment : 48 ans, soit un paquet de bons moments et de rudes également.

 

Où vivez-vous ? Décrivez votre habitat, votre lieu d'écriture.

J’habite la maison des quatre saisons : tapis de pâquerettes au printemps et parfum entêtant des jacinthes, terrasse plein sud pour lézarder au soleil en été ou déjeuner dans la lumière joyeuse et les bavardages, à l automne figues et feuilles à profusion, puis l’hiver les couleurs du couchant retenues par la ramure du noyer voisin, chat angora, conversation et feu crépitant.

 

J’écris sur un écran dans les lieux privés, ou sur des cahiers, des carnets que je transporte avec moi lors de mes vagabondages.

 

Quels sont vos objets préférés ? Avez-vous des « fétiches » ?

 

Chaque objet me rappelle une personne, une histoire, un moment...ils sont l’ancre dans le réel d’un monde parallèle. Un de mes objets préférés est une aquarelle de mon amie Annie Madec, représentant un paysage de ciel, de mer et d’horizon au crépuscule. C’est un paysage de frontières, de passages, j’aime contempler cet univers à travers ses yeux. Des fétiches...non, ou si, peut être, j’ai un objet insolite, un grigri africain je crois, donné par mon oncle. quel est son pouvoir imaginaire, sa fonction magique ? Mystère, et boule de gomme.

 

Marié(e) ? oui depuis un quart de siècle, cinq lustres !

Des enfants ? oui, trois êtres intenses, riches de possibles

Quelle est/était votre profession ? sculptrice, peintre, jongleuse de mots...

Et vous l'aimez/iez, ce boulot ? oui, je l’aime . Etre dans la découverte, l’apprentissage, l’exploration, la recherche, arpenter les territoires de l’imaginaire et les faire apparaître c’est une chance.

Que diriez-vous de vous (physique, caractères, idées...) ? Bref, quand vous êtes seul(e), êtes-vous en bonne compagnie ? Oui, la solitude me convient car elle me permet la concentration et la liberté des recherches. Je l’associe au silence, à la paix. Elle m’est un espace indispensable qui contrebalance à merveille les turbulences de la vie, professionnelle, familiale, sociale, le tourbillon des actions et des émotions...

Quels sont vos défauts, vos vices avouables ?

L’optimisme, l’indépendance et la gourmandise

Quels furent, quels sont vos plus grands bonheurs ?

Le bonheur d’être mère et celui de créer

Quelles furent, quelles sont vos plus grandes douleurs ?

Ma plus grande douleur a été la maladie de mon père ; sa lente perte des mots et de la pensée.

Hors l'écriture, quels sont vos loisirs ?

Randonnée, yoga, lecture

Par quelle qualité êtes-vous séduite ?

La gaîté, l’honnêteté, l’intelligence

Par quel défaut êtes-vous rebutée ?

La cruauté, l’hypocrisie

Selon vous quels dangers menacent nos congénères ?.

L’accumulation, la saturation, la compression, que je traduirait par une trop forte densité matérielle de chaque instant qui amenuise l’être, sa dimension sensible et spirituelle.

Globalement, croyez-vous en l'Homme ?

Oui, l’Homme est un vaste chantier en devenir. Comme illustration à cette vision, ce poème de Amadou Hampaté Bâ (Mali) :

La vie et la mort

Mises en nous y demeurent.

Torse contre torse,

Elles s’y trouvent, elles y luttent.

Comme l’eau contre la terre

Elles y luttent sans répit.

Chaque victoire gagnée sur la droite

Sur la gauche est défaite.

Tout grain acquis à l’est,

A l’ouest devient perte.

Notre faim de connaître

Est un feu toujours ardent.

Le vent de ton savoir

Souffle et l’attise d’avantage.

 

 

La plume peut-elle être une arme ? Un outil pour transformer le monde ?

La plume, comme la parole, a une influence sur notre perception du monde et sa construction. Elle alerte, elle informe, dénonce ou encense, elle appelle l’action, donne une direction, un envol, voilà sa plus grande force.

A quel âge, vos premiers textes ?

à l’adolescence, très tôt j ai tenu un journal, écrit des poèmes. L’idée que le silence, le vide sont à explorer a toujours été une évidence

Combien d'ouvrages avez-vous publiés ?

Aucun, pour le moment.

Vos travaux de plumes se limitent-ils à la poésie ?

Non, des textes en proses, des fragments, de courtes nouvelles, des images où textes et couleurs se répondent.

Quels sont vos poètes d’élection ?

Charles Baudelaire, Arthur Rimbaud,

Pourquoi avoir choisi (si choix il y a eut) la poésie ? Sauriez vous définir la poésie ? En dire les enjeux, la nécessité ? Que vous apporte-t-elle ?

La poésie définit un champ ouvert, invente la diagonale, l’intuition, l’association libre, elle abolit le temps linéaire et la logique, elle puise dans la mémoire universelle et s’approprie toute sentinelle, tout prophète pour établir son chant.

Le vide, le blanc, le silence sont aussi profonds et significatifs que les vocables lancés sur le papier.

Sacrifions aux questions de mode, et dites-nous, docteur : comment trouvez-vous la poésie aujourd'hui ?

La poésie est bien vivante, mais elle prend parfois des chemins ou des formes inattendues, elle se fait accompagner de musique, se met en image, voyage dans le métro ou s’affiche sous forme de tag, mais son souffle est perceptible à qui sait ouvrir l’oreille et l’œil. La poésie est à la naissance de l’être.

 

Vivre en poésie, ce n'est pas renoncer ; c'est se garder à la lisière de l'apparent et du réel, sachant qu'on ne pourra jamais réconcilier, ni circonscrire.

Andrée Chédid

Pensez-vous que l'on puisse remédier à sa modeste audience ? Est-ce d'ailleurs possible ? Certains en portent déjà le deuil : partagez-vous leur pessimisme ?

 

Sa modeste audience, vient peut être tout simplement du fait qu’elle n’est pas comprise, pas admise, que son image reste figée dans l imaginaire des humains. Elle est très souvent associée à la récitation apprise par cœur dans l enfance. Apprise et pas comprise, donc demeurée hermétique, étrangère

Tant qu’il y aura des cercles de passionnés, des lectures, des échanges, des actions poétiques, la poésie vivra. La poésie n est pas forcement triste ou douloureuse !

Si vous le voulez bien, choisissez l'un de vos textes préférés. Il sera la touche finale de cet entretien :

Sensation

Par les soirs bleus d'été, j'irai dans les sentiers

Picoté par les blés, fouler l'herbe menue:

Rêveur, j'en sentirai la fraîcheur à mes pieds.

Je laisserai le vent baigner ma tête nue.

 

Je ne parlerai pas, je ne penserai à rien:

Mais l'amour infini me montera dans l'âme,

Et j'irai loin, bien loin, comme un bohémien,

Par la nature, - heureux comme avec une femme.

 

Arthur RIMBAUD

(Charleville 1854 - Marseille 1891)

 

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